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DIAPHANE MONOCHROME RVB 01

Pays du Coquelicot — Association des aînés

Ateliers avec l'Association des Ainés d'Acheux-en-Amiénois

Journal de bord par Philippe Garon, écrivain et Valentine Vermeil, photographe

Valentine Vermeil le 31.01.2024
Premier atelier

J’ai rdv à 14h avec Annie, Yvonne, Claude, Théodorine et Jeanette. La neige avait annulée notre première rencontre, mais j’avais participé à l’atelier de Philippe pour faire leur connaissance. Théodorine a une visite de famille donc elle n’est pas avec nous aujourd’hui. Marion a installé le vidéo-projecteur dans la salle, et pour leur faire part de ce qui me plait le plus en matière d’image, je leur propose de regarder quelques peintures. J’ai sélectionné des portraits en clair-obscur de Vermeer, Van Eyck et Rembrandt, une nature morte très minutieuses de Bruegel, une autre plus enlevée de Valoton et une dernière presque abstraites de Cézanne. Philippe les avait questionnés sur un objet importants pour eux, je poursuis cette idée et j’oriente la séance sur la PDV de photos d’objets chez eux.

 

ateliers 33

 
Philippe Garon le 24.01.2024
Premier atelier

Rectification. C’est pas un fantôme qui tapoche sur des chaudrons dans le grenier; c’est le diable en patins à roulettes. Aujourd’hui, c’est la fête à Saint François de Salle, patron des journalistes. Mais aussi mon patron à moi. Bonne fête patron! Le 24 janvier, c’est aussi le jour du taureau dans le calendrier républicain. Mon signe astrologique. Tout ça est de bon augure.

 

En chemin vers la résidence pour personnes âgées, je demande à Émilie si elle sait pourquoi il y a un paquet de petites maisons abandonnées sur les rives de la Somme dans le bout d’Étinehem-Méricourt. Elle démolit en deux coups de cuillère à pot mon hypothèse d’une épouvantable catastrophe causée par un monstre mutant radioactif. L’explication s’avère légèrement plus prosaïque. Depuis longtemps, des estivants venaient pêcher l’été par ici en camping sauvage. « Sauvage » dans le sens de « illégal ». Mais bon, c’était toléré, considérant que ces gens d’en dehors contribuaient quand même au commerce local. Sauf qu’avec le temps, dans plusieurs cas, les petites installations sommaires se sont transformées en maisonnettes pas mal élaborées. Avec l’altération de l’environnement que ça implique. Disons que plusieurs de ces visiteurs ont poussé le bouchon un peu trop loin. Sanitairement parlant notamment. L’administration a fini par se tanner. Dorénavant, c’est dans des campings contrôlés, avec loyer payé à l’année, que les touristes devront s’installer pour taquiner le sandre, la carpe, le brochet, le silure ou l’anguille. Fini le squat. Surtout que, si je comprends bien, une mobilisation visant à créer une aire protégée en faveur des multiples espèces d’oiseaux qui nichent dans le secteur remporte pas mal d’adhésion. Mais ça ne se fait pas sans frictions. Bref, voilà peut-être une idée à creuser pour le volet « création personnelle en duo » de notre projet, à Valentine et à moi. Et Émilie de renchérir, en me prouvant que ma théorie du monstre n’est pas si farfelue que ça. Dans la tradition locale, une croyance veut que Marie Groette hante les cours d’eaux, marais et étangs de la région. Armée d’une fourche, cette sorcière à l’haleine fétide, tellement laide qu’elle arrête le sang, s’attaque aux enfants qui osent s’aventurer sur son territoire pour les amener dans sa grotte… Ah! Ah! Je le savais bien que j’avais raison!

 

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Mais nous voilà à la résidence d’Acheux. Le coordonnateur du service de zoothérapie me souhaite la bienvenue avec zèle. Olane qu’il s’appelle. Très affectueux. Ses affables collègues à deux pattes me reçoivent avec presque autant d’empressement. Marion et Delphine me guident vers le petit local où je vais rencontrer mes aimables collaborateurs. Et je fais bientôt la connaissance d’Annie, Claude, Théodorine, Jeanette et Yvonne, pour me rendre compte que le qualificatif d’« aimable » n’est qu’un piètre euphémisme pour les décrire. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « Bonjour ma tchot pére! », on s’entend comme cul et chemise. Je les adore! Je capote bien raide! On me parle des bêtises de Cambrai, ces confiseries nées d’une erreur. On me parle de Saint Albert, miraculeux réparateur de barattes à beurre. On me parle d’amour de la danse, de Michel Pruvot, Pascal Sevran et André Verchurenne, vedettes des bals musette, et de cette activité facultative que favorise les fêtes de village, à savoir de s’adonner au regardage des feuilles à l’envers. On me parle de papa, fait prisonnier par les Allemands et revenu à la maison après quatre ans de détention. On me parle de betteraves, de patates, de chicons. On me parle de lapins, de basses-cours, de vache et d’un petit mouton nourri au biberon. On me parle de familles de quatorze enfants et de Citroën DS. On me parle de parents immigrés de Pologne en 1933. On me parle de la vie d’avant dans la région. Un vrai régal. Mon crayon passe proche de prendre en feu. Je prends quinze pages de notes pendant l’activité. Gratitude. C’est la joie, bord en bord. On se dit à la prochaine, tout sourire. Olane, l’épagneul mélangé border colley, me raccompagne à l’entrée. Je porte pas à terre. EDF devrait se brancher sur moi; ça règlerait la pénurie d’énergie.

 


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