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DIAPHANE MONOCHROME RVB 01

Pays du Coquelicot — Collège Jean Moulin

Ateliers au Collège Jean Moulin à Albert 

Journal de bord par Philippe Garon, écrivain et Valentine Vermeil, photographe

Valentine Vermeil le 29.01.2024
Deuxième atelier

Je commence cette séance par une rapide lecture d’image collective pour leur rappeler les bases. Les quatre groupes de sept élèves reprennent leur description d’image de la dernière fois, ça chahute, ça bavasse, je m’agasse. Avec l’aide des profs, ils finissent par rédiger un très court texte qu’une personne du groupe lit aux autres, avant de découvir l’image tous ensemble. Je passe à l’exercice des portraits : serré, plan américain, en pied. Ils trépignent d’impatience, et par binôme foncent dans la cours avec leur appareil. Je dois leur rappler régulièrement les consignes, qu’ils ont du mal à respecter. Après un bon moment et pas mal d’expérimentations, nous remontons. Je veux absolument leur montrer des exemples de photos de groupes.

 

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Philippe Garon le 22.01.2024
Premier atelier

Après dîner (bien oui, le repas du midi, pour moi c’est le dîner, du latin tardif disjejunare, « interrompre le jeûne ». Le soir, chez nous, on soupe, aussi du latin tardif suppa, « morceau de pain trempé », qui a remplacé cener au Moyen-Âge, cener, qui signifie justement « repas du soir ». Ce n’est qu’au XIXesiècle que « dîner » a remplacé « souper » dans l’usage en France, et donc qu’il y a eu un déplacement du mot « déjeuner » pour le midi et l’invention de l’expression « petit-déjeuner » pour le repas du matin. Étant donné que le peuplement du Québec, et donc plusieurs caractéristiques de nos variantes du français, remontent au XVIIe siècle, c’est normal qu’on utilise encore le mot « souper » pour le soir et « dîner » pour le midi) Bref, après dîner, j’emprunte la rue du 11 novembre pour me rendre à mon deuxième rendez-vous. J’aime bien cette école. Pas trop grande. Lumineuse, accueillante. À mon humble avis, malgré le modernisme de son architecture, il y a ici un souci d’équilibre entre élégance et fonctionnalité.

 

Avec sobriété. À la salle des profs, je retrouve Gaëlle. On jase un peu avec ses collègues et on se dirige à l’extérieur pour cueillir ses élèves. Elle m’avertit qu’elles et ils sont un brin bavard. Je lui réponds que je préfère des chevaux sur lesquels je dois tirer la bride que des chevaux que je dois cravacher. Hum… J’ai parlé un peu trop vite. Ils sont beaux, ils sont gentils, mais batinse qu’ils sont mémères! En fait, je ne dois pas généraliser. Certains sont plutôt timides. Donc elles et ils peuvent difficilement prendre la parole étant donné que quelques individus prennent toute la place. On a beau leur demander d’écouter, ça continue à placoter à bouche que veux-tu! En plus, un incident de boisson gazeuse vient ajouter au grichage de l’ambiance. Devant leur bourdonnage incessant, je leur avoue que je suis fatigué, que c’est difficile pour moi, mais rien n’y fait. Arrivé au dernier élève, je ne l’entends pas même si je me tiens juste à côté de lui. Je finis par me fâcher. Je leur dis que j’aimerais ça les aimer, mais que là, ils ne me donnent pas beaucoup de chance. Dans le savon que je leur passe, à défaut d’un meilleur choix lexical, j’emploie le mot « respect », même si je trouve le concept flou et galvaudé. Malaise. On termine la période en dérapage contrôlé. Plusieurs viennent me voir avant de sortir pour me parler, me serrer la main, me donner la bise même. Je ne sens pas d’arrogance dans leur attitude. Je me demande même si ce n’est pas un peu de honte face à leur comportement qui les motive dans cet élan d’affection, cette tentative de se laisser en meilleurs termes. Je leur donne mon recueil de poésie « CR!ONS » en cadeau avec le CD des chansons. Nous nous quittons sur une bonne note, mais je suis vanné.

 

Au retour, j’arrête au cimetière pour regarder les sépultures des soldats du Commonwealth. J’accorde une attention plus particulière aux militaires canadiens, reconnaissables par la feuille d’érable sur leur pierre tombale. Dans les autres mémoriaux que j’ai visités depuis mon arrivée, je ne voyais que des noms anglophones. Mais ici, je trouve, gravés dans la roche, au moins trois patronymes de chez nous, dont un Bourgaud. Je rentre à la maison, le pas pesant, dans la lumière de l’après-midi qui s’essouffle. Pour souper, je vais préparer un pâté chinois. On ne sait pas exactement l’origine de ce mets typique de notre gastronomie. Selon l’hypothèse la plus plausible, ça viendrait du Maine, d’une localité appelée South China plus précisément, où l’on préparait vraisemblablement ce plat. Entre 1840 et 1930, face à la misère qui sévissait au pays, plus de 900 000 Canadiens français seraient partis en Nouvelle-Angleterre pour chercher du travail. Certains auraient rapporté cette recette à leur parenté lors de vacances dans leur mère patrie, en francisant « China pie » par « pâté chinois ». Mais la plupart des descendants de ces gens, aujourd’hui, seraient totalement assimilés à la culture étatsunienne et ne parleraient plus un traitre mot de français.

 

Valentine Vermeil le 15.01.2024
Premier atelier

La classe de 4eme avec ses 28 élèves et ses deux profs m’accueillent. Ils sont tous charmants et très excités de commencer. Après avoir parlé du projet global, de la restitution, et des questions de récits, de territoire et d’identité, je leur montre quelques travaux passés. Ensuite, je demande à chaque élève de se présenter et de me décrire en quelques mots ses activités extra-scolaires, ses passions, et les lieux qu’il.elle fréquente en ville. À travers ces questions, je cherche à identifier les façons dont ils investissent leur territoire. Au fur et à mesure de leurs prises de paroles, des points en commun se révèlent, et des affinités d’actions et de géographiques se dessinent. L’idée de proposer des mises en scène collectives germe dans mon esprit. Gaelle et Céline ont l’air partantes. 

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Albert 


diaphane.org